• Manon Douard

Photographie de mariage : le style Fine Art

Dernière mise à jour : 14 août 2021

Bonjour toi,


Aujourd’hui, je m’attaque à un gros sujet : essayer d'expliquer ce qu'est la photographie de mariage Fine Art. J'ai déjà fait un article décrivant les différents styles de photographie de mariage qui est aujourd'hui l'un des plus lus sur ce blog. Avec le temps, mon style photographique s'est nettement mis à pencher du côté du Fine Art : l'occasion de faire quelques recherches et de te parler un peu de cette approche particulière de la photographie de mariage.



Pour beaucoup - et pour moi jusqu'à ce que je me mette en tête d'écrire cet article - le style Fine Art, notamment en mariage, ça reste une notion assez vague. Je sais reconnaître les photos qui tendent vers ce style (très lumineux, des teintes tirant vers le blanc ou les tons pastel), mais pas forcément expliquer pourquoi ça "fait Fine Art", et encore moins l'origine de cette mouvance.


Du coup, j’ai fait des recherches, et je vais te raconter ce que j'ai trouvé. Je me dis que si tu as quelques éléments sur l'origine de ce mouvement et ses caractéristiques, ça peut t'aider à déterminer si c'est ce dont tu as envie pour ton mariage.



La photographie Fine Art : ça vient d'où ?


Le mouvement du Fine Art serait né dans les années 1940. A l’époque, la photographie n’est pas considérée comme un art, et ça ne viendrait à l'idée de personne - ou presque - d’exposer dans une galerie des photos comme on exposerait des peintures. Tu prends des photos majoritairement parce qu'on te les commande - pour des mariages, pour vendre des conserves - donc on va pas t'exposer à côté de Picasso, calme-toi.


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La photographie, à l’époque, c’est considéré uniquement comme de l’artisanat. Le mouvement Fine Art va justement naître d'une volonté des photographes de se défaire de cette étiquette réductrice, de promouvoir la photographie comme un art à part entière.


A l'origine, le style Fine Art, c'est simplement l'approche artistique de la photographie.


Jusque-là, comme je te le disais, les photographes professionnels répondaient à des commandes : moyennant rétribution financière, on réalise des portraits de famille, de mariage, des photos publicitaires pour vendre tel ou tel produit. Avec le Fine Art, on cherche à exprimer une idée, une émotion, à créer une œuvre, et plus seulement à représenter le réel – au contraire du photojournalisme, par exemple.


L'idée n'est pas de faire mieux que ce qui se fait déjà, mais de le faire différemment, avec une approche fondamentalement artistique.

On peut faire remonter l’origine de la photographie Fine Art à John Jabez Edwin Mayall, un photographe anglais qui s’est illustré pour avoir un nom assez chiant et compliqué pour être le premier photographe à se considérer comme un artiste plutôt que comme un artisan, quelqu'un qui veut créer des œuvres à part entières. Par exemple, Mayall a nommé une de ses photos « This Mortal must put on Immortality » ce que tu peux approximativement traduire par « Ce Mortel doit revêtir l’Immortalité ». Comme tu le constates rien qu'avec le nom de la photo, la démarche est assez ambitieuse : Mayall veut transmettre une idée, l'incarnation de quelque chose. Il ne s'agit plus seulement de faire un portrait.


Ci-dessus une photo de Karl Marx pris par Mayall (et on lui souhaite bonne chance si c'est lui qui doit revêtir l'Immortalité).


En photo de mariage, quand tu lis des articles sur le Fine Art, c'est presque exclusivement son esthétique spécifique qui est mise en avant : la lumière, les tons blancs ou pastel... Mais à la naissance du mouvement, ce qui distingue le Fine Art, ce n’est pas une esthétique en particulier, c’est plutôt l’intention du photographe de transmettre une émotion plutôt que juste illustrer quelque chose. Je photographie un vieil homme pensif semblant réfléchir au sens de la vie avec mélancolie, et pas juste un monsieur assis. Ça explique d’ailleurs le nom de ce courant de photographie, puisque « Fine Art », peut être traduit en français par « Beaux-Arts ».


En résumé, donc, la photo Fine Art, c’est quand la photographie devient un art à part entière. Picasso a même dit « J’ai découvert la photographie. Maintenant je peux me tuer. Je n’ai plus rien à apprendre. » Bon, c’est un peu too much comme point de vue (lui aussi, faut qu'il se calme), mais tu comprends l’idée.


Mais du coup, si le Fine Art c'est une approche, et pas une esthétique, comment on en est arrivé à lavoir aujourd'hui des photos aussi standardisées quand on parle du Fine Art en mariage ? Comment on passe de « je me définis comme un artiste et je crée des œuvres, pas simplement des photos » à « je-suis-photographe-fine-art-donc-je-fais-des photographies-lumineuses-épurées-et-élégantes-à-dominantes-blanches-ou-pastel » ?


La photo de mariage Fine Art : de l’inspiration à la standardisation


Le domaine de la photographie de mariage, sur le principe, c'est un terreau fertile pour la mouvance Fine Art. Ce que les mariés recherchent, quand on y pense, c'est exactement ce que le Fine Art propose : transmettre une émotion plutôt que simplement représenter quelque chose.


Quand tu engages un photographe pour immortaliser ton mariage, c'est parce que tu veux que tes photos te fassent ressentir ce que tu as ressenti ce jour-là, à ce moment-là, avec ces gens-là, pas tellement pour garder à jamais une trace du chapeau fluo de Tatie Josiane (même s'il est vraiment quali et que lui aussi, il peut revêtir l'Immortalité).


La démarche du Fine Art trouve donc avec le mariage un terrain de jeu idéal. Ensuite, on le sait, dans un secteur qui connaît des effets de mode, de tendances, le Fine Art s'est imposé progressivement, et dès lors qu'une démarche se fait plus courante, elle se standardise. Petit à petit, on a vu émerger des caractéristiques communes à plusieurs photographes se revendiquant du Fine Art, et par extension c'est le style lui-même qui s'est vu attribuer ces caractéristiques.


Petit tour d'horizon des principales :


La plus grande caractéristique du style Fine Art : la lumière


C'est le critère par excellence du Fine Art : les photos sont (très) lumineuses. La lumière est au centre de la composition, ce qui renvoie à l'origine même du Fine Art, qui se définit par la mise en scène d'une photo, tout simplement. Si prendre une photo s’apparente à créer une œuvre, il faut la composer comme on composerait un tableau, donc entrer dans une dynamique de création de la mise en scène et de l'éclairage, plutôt que d’espérer « découvrir » des scènes sur le vif comme en photojournalisme.


Ce qui m'amène à la deuxième caractéristique :


La Mise en Scène


Ce point découle naturellement du précédent : en Fine Art, au contraire du style photoreportage pur, on trouve souvent des photos dont les sujets sont mis en scène, notamment au moment des préparatifs ou de la séance couple, par exemple. Dès lors qu'on est dans une approche de composition, de création d'une ambiance à partir de l'environnement, il paraît logique de diriger ses sujets et de modifier le décor pour le faire correspondre à l'ambiance que l'on veut retranscrire.


Exemple avec la photo en pied de la mariée que tu as vue un peu plus haut : en théorie, elle aurait pu être prise "à la volée". La mariée était obligée de monter cet escalier pour accéder à la salle des mariages, j'aurais donc simplement pu attendre qu'elle passe au point où je souhaitais prendre la photo. Sauf que j'avais envie de cette pose-là spécifiquement, donc je lui ai demandé de se placer ainsi.


Généralement, en mariage, même si certaines photos donnent le sentiment d'une spontanéité totale, ça n'est pas toujours le cas : tu vas demander à la mariée qui se fait maquiller de se mettre près d'une fenêtre, par exemple ; tu vas dissimuler les éléments qui rentrent dans ton cadre et en dérange l'ordonnance, des sacs qui traînent, des verres, etc. Le rendu donnera l'illusion d'une photo sur le vif, mais la composition aura fait l'objet d'une vraie réflexion et de toute une activité fengshui pour virer les éléments qui te gênent dans l'image.


Dans les reportages de mariages Fine Art, il n'est pas rare de voir des photos où la composition indique clairement que le photographe a fait poser ses sujets. Bien sûr, ça n'est pas une règle absolue, et de toute manière, il est impossible de faire un reportage photo de mariage sans clichés spontanés.



Disons qu'en Fine Art, les reportages comprennent des photos posées, là où certains styles mettent en avant la seule spontanéité comme règle de composition.


Les couleurs du style Fine Art : blanc/monochrome ou dans les teintes pastel


On en revient toujours à cet objectif de créer une atmosphère, sans détourner l'attention du spectateur par un surplus de détails ou de couleurs. On va donc favoriser des photos assez douces, avec une dynamique d'image faible (blancs et noirs tirant sur le gris clair ou foncé plutôt que des contrastes violents). Sur la photo ci-dessous, par exemple, tu constates qu'il y a très peu de blancs "totalement blancs" et que même les ombres, notamment derrière la colonne flanquant la porte, sont gris clair.



Côté couleurs, on va forcément trouver moins de couleurs vives, du fait qu'on recherche un maximum de lumière.

C'est une règle bien connue des photographes : plus une couleur est lumineuse, plus elle "tire sur le blanc" (plus elle est désaturée). Si tu surexposes une photo pour en accentuer l’aspect lumineux (ce que, personnellement, je fais beaucoup), les couleurs très vives - donc plus foncées, de base - auront tendance à s'affadir ou à devenir fluo. Il faut donc retravailler spécifiquement ces couleurs qui supporteront moins le traitement classique Fine Art qu'un rose poudré ou un bleu clair, par exemple.


Cette altération des couleurs avec le Fine Art est la raison pour laquelle je mets en garde les mariés dans mon article sur les différents styles de retouches, justement pour expliquer que s’ils souhaitent mettre l’accent sur la couleur à leur mariage, le Fine Art n’est pas forcément le style à privilégier (en tout cas, le rendu des photos ne serait pas le même qu'avec des dominantes blanches/pastel et monochromes).


Rien ne t'empêche, bien sûr, de choisir un photographe dont les photos tendent vers ce style, il saura de lui-même s'adapter au thème de ta journée (exemple avec deux de mes mariages : le mariage de Lucie et Maxime, très coloré, dans une ambiance très différente de celui de Thomas et Sara, par exemple). Mais disons que si tu t'attends à retrouver cette extrême lumière et cette blancheur alors que tes couleurs de mariage sont le bleu vif ou le rose fuchsia, par exemple, tu risques d'être déçu et de ne pas obtenir le rendu que tu espérais.


Les photos "ordonnées", voire symétriques


Souvent, dans les reportages Fine Art, j'ai l'impression de voir beaucoup de photos avec un travail sur la composition "ordonnée" et sur la symétrie. Ça peut être des photos de lieux, de gens, ou les fameux flatlays qui sont des odes au rangement et à l'ordonnance.



Je pense que cette tendance à "l'ordonnance", voire à la symétrie dans la composition vient de la volonté de certains photographes de la mouvance Fine Art de composer des photos très graphiques avec un double objectif :

- L'avantage de faire des photos très graphiques, au point que le spectateur met du temps à reconnaître le sujet de la photo, c'est que ça permet d'aller encore plus loin dans cette volonté de créer une œuvre subjective et de faire primer ce que la photo dégage sur ce qu'elle montre.

- En photo de mariage, cette notion de symétrie, de travail sur les lignes, est récurrent en Fine Art, sans doute aussi selon moi parce que ce qui est bien rangé est harmonieux, ça flatte l'œil, et obtenir un rendu doux et apaisant est l'un des objectifs du Fine Art en mariage.