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  • Manon Douard

Qu'est-ce que la photographie de mariage Fine Art ? (version 2024)

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Bonjour toi,


Il y a quelques temps maintenant, j'ai écrit un (long) article pour expliquer ce qu'était, selon moi, la photographie de mariage Fine Art.


Aujourd'hui, je reviens t'en parler parce que je ne suis plus totalement d'accord avec moi-même, non pas parce que j'ai fait d'autres recherches mais simplement parce que ma pratique de la photo a évolué, et avec elle ma compréhension et mon interprétation surtout, du mouvement Fine Art.


L'origine du mouvement reste la même, et je me permets de faire un petit rappel à ce sujet avant d'aborder la suite. 'Fine Art', ça veut tout simplement dire 'Beaux Arts'. L'objectif des photographes qui dans les années 40 se sont revendiqués de ce mouvement, c'était de faire accepter leur métier comme un art. Jusque là, la photographie avait une fonction exclusivement commerciale. Les photographes honoraient des commandes pour les particuliers ou pour les professionnels : photos de famille en studio, photos de mariage, publicités, etc. Le Fine Art, c'est la volonté des photographes d'élever leur artisanat au rang d'art.


Le mouvement s'articule donc davantage autour d'une vision du métier que d'une esthétique particulière.


photo d'une table de mariage dressée dans la cour d'une masseria italienne au coucher du soleil

Le Fine Art en photographie de mariage


Ma définition précédente : lumineux, épuré à tonalités blanches ou pastel


En photographie de mariage, le Fine Art est devenu un mouvement esthétique à part entière, pour des raisons (supposées) que je liste dans mon premier article. Si cet aspect t'intéresse, je t'invite à le consulter (mes articles font déjà 2km chacun, si je commence en plus à me répéter d'un article à l'autre on ne va pas s'en sortir.)


Les principales caractéristiques du Fine Art que j'avais listées sont :

- La lumière - les photos sont (très) lumineuses

- La mise en scène et un certain travail d'épuration

- Des couleurs blanches ou pastel


J'avais conclu mon article en disant que ces caractéristiques permettent de mieux comprendre pourquoi le rendu Fine Art est décrit comme épuré, intemporel et élégant.


Ce qui ne va pas avec cette définition


Je suis toujours en accord avec la dimension élégance/intemporalité du Fine Art parce que pour moi, il découle naturellement du travail de composition et d'épuration. Ce qui permet de dater une image, ce sont les objets ou les détails présents sur cette image. Si on retire d'une photo les éléments qui renvoient à une époque spécifique, on donne naturellement à l'image une dimension intemporelle, au sens qu'on-ne-peut-pas-dater.


L'élégance quant à elle vient selon moi du fait que beaucoup de photos en Fine Art sont posées - qu'il s'agisse de poses éditoriales comme des mannequins de magazines ou un rendu faussement décontracté qui est en réalité au moins en partie posé.


En revanche, j'avais rattaché le mouvement Fine Art à une esthétique lumineuse et blanche, à des couleurs pastel, et c'est là dessus que je veux revenir, parce que je pense désormais que le Fine Art ça n'est pas que ça. C'est même pire que ça, je crois qu'on s'en fiche un peu des couleurs.


Difficile d'expliquer ce changement de vision sans parler un peu de ma propre évolution.


Nota : je ne suis évidemment pas une référence dans différents courants artistiques en photo de mariage, mais j'aime beaucoup faire des recherches et les analyser, et la définition que je me fais de tel ou tel courant change avec ma propre compréhension de la photo.

Nota 2 : tu le sens le syndrome de l'imposteur qui suinte de ce genre de note ou pas du tout ? Je m'auto-agace.


Mon évolution en photographie de mariage


En photographie, je fonctionne un peu comme au ski (attends reste avec moi tu vas comprendre), c'est-à-dire que je découvre quelque chose qui soudainement change totalement ma pratique. J'ai mis des années à comprendre comment arrêter le chasse-neige mais quand j'ai compris ça a été une révélation (la meuf avait 8 ans s'est clairement prise pour une comète). Rebelotte 15 ans plus tard avec un prof particulier qui m'a appris le carving. A chaque fois j'ai l'impression de redécouvrir toute la pratique du sport parce qu'un truc que je ne comprenais pas du tout jusque-là devient clair pour moi d'un seul coup.


Je fonctionne en photographie de manière assez cartésienne : je lis énormément de choses sur la photo et sur la photo de mariage en particulier, j'essaye plusieurs méthodes, j'analyse et je compare les images entre elles, je prends des notes de ce que je fais. Je suis foutraque sur toute ma vie, mais étonnamment un peu moins en photographie.


Cette année, ce qui a fait évoluer ma compréhension et de mon analyse de la photo de mariage, c'est la découverte des clair-obscurs, qui m'ont fait remettre en question 1) ma pratique de la photo 2) ma définition du Fine Art.


Mon approche jusque-là : vouloir absolument uniformiser le rendu de toutes les images d'un même reportage


Pendant plusieurs années, j'ai tenté de créer systématiquement la même esthétique sur mes images. Je considérais qu'un reportage professionnel devait être cohérent, et la cohérence passait pour moi par une uniformisation systématique de l'atmosphère de mes images. L'esthétique que j'essayais de créer, c'est celle que j'associais au Fine Art : très lumineuse, très blanche, et un rendu de lumière diffuse et d'extérieur.


portrait en pied d'une mariée dans les marches d'une masseria italienne le jour de son mariage

Voilà, ça. Partout, tout le temps.


Alors, entendons-nous bien : cette esthétique très blanche, très douce, un peu chaude, je continue de l'aimer énormément, et d'ailleurs en extérieur c'est systématiquement vers ça que je vais spontanément.


... Et ne pas y arriver dans certaines conditions de lumières


Sauf qu'en intérieur je rencontrais des problèmes. Parce qu'en intérieur, tu as forcément une lumière particulière :

- Elle est plus inégale, puisque la lumière entre dans une pièce via des fenêtres, donc des ouvertures plus petites que le ciel (logique). Elle est moins diffuse.

- Il y a souvent moins de lumière, forcément. A moins d'être dans une verrière, tu auras forcément plus de zones d'ombres en intérieur qu'en extérieur.

- Il y a moins de supports que tu peux utiliser comme réflecteurs, pour faire rebondir la lumière. Sur la photo ci-dessus, par exemple, les murs blancs reflètent la lumière et accentuent la sensation que la lumière 'inonde' l'environnement de manière uniforme.


Et moi, j'essayais à toute force de recréer cette même esthétique de lumière diffuse, omniprésente, même quand les conditions ne s'y prêtaient pas. Et, au final, ça revenait à essayer de faire rentrer un carré dans un trou rond : si tu prends un gros marteau et que tu tapes sur ton trou comme un sourd, ma foi, tu vas finir par y arriver, mais le résultat ne sera pas forcément à la hauteur de ce que tu aurais produit sans cette lutte acharnée contre la lumière. Le rendu de mes images en intérieur me semblait artificiel parce que je luttais contre la direction naturelle de la lumière, contre ce vers quoi elle me semblait aller. Et en photographie, travailler contre la lumière, c'est pas une bonne idée. Mais je le faisait parce que, dans mon esprit, oser aller vers une autre esthétique briserait forcément l'harmonie globale du reportage. Forcément, ça aurait l'air inégal, bizarre, dissonant... Non ?


Non.


photo d'un marié en train d'embrasser son épouse dans le coup le jour de leur mariage

Ma découverte du clair-obscur


Et puis un jour, j'en ai eu ras la casquette.


Il faisait sombre, le temps était orageux, de la lumière y en avait pas, et il a bien fallu faire un choix : essayer de recréer de la clarté là où il n'y en a pas avec la garantie de rendre un travail peu agréable à l'oeil, ou tenter d'aller vers une autre esthétique et arrêter de lutter contre quelque chose d'infiniment plus fort que moi.


La chance que j'ai eu, c'est que cette réflexion a eu lieu sur un mariage où je n'étais pas photographe principale. J'intervenais en support du photographe principal, notamment pour photographier les invités au vin d'honneur. J'étais présente lors des préparatifs, mais mes images n'étaient pas la priorité pour les mariés, ce qui m'autorisait à sortir de mes habitudes et à prendre quelques risques. J'ai attendu que le photographe principal ait fait ses images (il est prioritaire, et c'est normal), j'ai demandé à la mariée de venir près de la fenêtre, et j'ai fait quelques portraits et photos de détails.


détail en clair-obscur des perles sur une robe de mariée

A la post-production, j'ai bien dû aller au bout de ce que j'avais commencé et j'ai donc retouché la photo en conservant le contraste des images de cette série qui ont toutes un fond noir très prononcé.

Et là, révélation.

(Je suis française avec du sang italien, le mélodrame coule dans mes veines, sois pas surpris).


J'ai découvert deux choses qui ont eu un gros impact sur ma pratique photo :

1) J'adore l'esthétique, le rendu, l'ambiance créés par le clair-obscur sur une image. J'avais déjà commencé à suivre sur Instagram des photographes qui osaient aller sur le terrain du clair-obscur et je trouvais à ces images un charme intemporel, mais je n'imaginais pas les intégrer à ma pratique.

2) Contrairement à ce que je pensais initialement, retouche très lumineuse et clair-obscur ne sont pas forcément deux esthétiques excluantes, et elles peuvent cohabiter sans problème dans un même reportage. Mais du coup, qu'est ce qui relève vraiment du Fine Art, finalement ?


photo d'une robe de mariée suspendue à une fenêtre avec le décor en clair-obscur

Est-ce que le clair-obscur ça peut aussi être du Fine Art ?


En parallèle de cet attrait soudain et intense pour le clair-obscur, j'ai continué à rechercher et analyser le travail d'autres photographes de mariage. Je voulais voir si eux aussi oscillaient entre plusieurs esthétiques, si ça me paraissait cohérent, et s'ils se revendiquaient de la mouvance 'Fine Art'.


Beaucoup de photographes internationaux se revendiquent de la mouvance du Fine Art tout en alternant des clair-obscurs avec des images beaucoup plus lumineuses. Peut-être que pour trouver la 'bonne' définition du Fine Art, il faut se souvenir de ce que le mouvement était à sa naissance : une volonté de créer de l'Art, qui dans le mariage se traduit par la volonté de créer des images élégantes et intemporelles. C'est la composition et l'atmosphère d'une image qui détermine son appartenance à ce mouvement, pas le degré de luminosité de l'image ou les couleurs utilisées.


Pour obtenir des images intemporelles et élégantes, la composition est réfléchie, les sujets sont généralement posés, et la lumière est travaillée afin de donner à l'image une dimension artistique. Mais cette lumière ne doit en aucun cas être systématiquement blanche et diffuse. Le rendu peut être sombre ou clair, ça n'est pas ça qui compte.


portrait d'une mariée tenant devant son visage un bouquet de fleurs blanches

Le Fine Art en photographie de mariage, définition 2024


Je conserve dans ma définition du Fine Art les notions d'élégance, d'intemporalité et de travail de la composition. Ce sont des canons esthétiques qui viennent, je pense, de l'origine du mouvement, et ils restent fondateur de ce qui rentrerait ou pas, à mon sens, dans le Fine Art.


En revanche, je révise mon jugement sur les caractéristiques liées à la luminosité ou aux couleurs utilisées. Je pense que le Fine Art n'a pas vraiment de critères esthétiques marqués, qu'il s'agit davantage d'une vision de la photo et du travail du photographe, d'une certaine approche artistique, que d'un rendu qui serait obligatoirement ci ou ça.


Merci Manon d'autant faciliter la tâche aux mariés qui ont déjà du mal à s'y retrouver dans les différents styles en photo de mariage, franchement tu les aides vachement.


Pour t'aider un peu, voici une petite liste d'articles susceptibles de t'intéresser :

Je distingue la prise de vue de la retouche parce que je constate que l'approche que l'on privilégie à la prise de vue impacte lourdement l'atmosphère d'une image, avant même que la retouche ne vienne à son tour apporter la touche finale à la photo définitive.


J'espère que cet article était clair. S'il ne l'était pas du tout, n'hésite pas à me le dire (j'ai l'impression de jongler avec des concepts fort complexes, toute aide pour améliorer la clarté de mes propos est la bienvenue). Si mon travail t'intéresse, tu peux consulter mon portfolio ou me contacter.

A plus tard !


Manon




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