• Manon Douard

Petite histoire de la photographie de mariage

Mis à jour : sept. 4

Aujourd’hui, on va parler Histoire.

(Ici, il faut imaginer le ton de Stéphane Bern au début de « Secrets d'Histoire »)



Comme je suis confinée et que j’ai déjà fait approximativement 83 parties de dames avec mon mari (que je perds 2 fois sur 3), il faut bien que je me trouve d’autres occupations. Du coup je suis allée lire des articles sur les débuts de la photographie, et par extension de la photographie de mariage, et je vais partager ça avec toi !


Les débuts de la photographie


Avant de parler de la photographie de mariage en tant que telle, il faut évidemment s'intéresser à l'essor de la photographie, tout court.


Jusqu’au XIXe siècle, on n'en maîtrise pas le processus. On utilise à l'époque la « chambre noire » : ce procédé très ancien (IVè siècle avant notre ère au moins, c'est te dire) permet de projeter une image sur une surface en faisant passer la lumière à travers cette fameuse chambre noire. Les peintres s’en servent beaucoup puisque cela permet de projeter une image sur un plan, donc en deux dimensions, ce qui en fait un modèle idéal. Le problème de la chambre noire, c'est que l'image n'est que projetée, elle n'est pas figée durablement sur une surface comme une photographie.


C'est précisément cette avancée que va permettre le daguerréotype, qu’on attribue à Louis Daguerre. Il s'agit du premier procédé photographique permettant de fixer durablement une image sur un support tout en conservant un temps de pose acceptable (de l’ordre de trente minutes). Nicéphore Niépce avait déjà imaginé un procédé pour fixer une image à l'aide d'une plaque d'étain et de bitume de Judée. Le souci de sa méthode, c'est qu'elle nécessitait plusieurs jours de pose, ce qui était moyennement pratique et pas du tout commercialisable (as-tu envie de passer 72h de suite immobile pour te faire tirer le portrait ? A priori, non).

Photographie prise par Roger Fenton / Getty Images

Le daguerréotype, donc, change la donne. Ce nouveau procédé est d’emblée très populaire mais son coût, prohibitif, le réserve aux seules classes « aisées ». De fait, on considère que la première photographie de mariage est celle de la reine Victoria et du prince Albert en tenues de mariés, en 1854 – on peut même considérer que ça n'est pas vraiment une photo de mariage puisqu'il s'agit en réalité d'une reconstitution en costumes : leur mariage date de 1840. A noter qu'outre ce premier usage de la photographie, Queen V a également « relancé » la mode de la robe de mariée blanche, à une époque où il n'était pas rare de se marier en couleur. Une influenceuse avant l'heure, donc.


Les années 1850 voient la naissance des premiers studios de photographie. Comme il s’agit d’un procédé coûteux, les familles n’y ont recours que pour de grandes occasions dont les mariages font bien sûr partie. On trouve aussi à la photographie des usages utilitaires comme ces parents qui font réaliser des portraits de leurs filles célibataires pour les caser plus facilement : romantisme, quand tu nous tiens.

"Une noce chez le photographe", Pascal Dagnan-Bouveret, 1879
Mariés inconnus - Photographe Deniel au Havre

L’essor de la photographie à cette époque s’explique, outre l’engouement suscité par le procédé lui-même, par les évolutions technologiques qui permettent rapidement de le simplifier et de diminuer le temps de pose nécessaire. Ces améliorations rendent le procédé moins coûteux et donc, plus accessible : davantage de gens peuvent désormais faire faire des photographies de mariage. Faire venir un photographe jusqu’à son lieu de mariage reste cependant extrêmement coûteux, et on préfère donc se rendre dans son studio pour réaliser des clichés « officiels ». Si quelques familles aisées peuvent s'offrir le luxe d'un « photographe à domicile », ce sont les photos en studio qui sont le plus répandues à l'époque.


Les premières photographies de mariage ont donc un style très particulier. Ce type de photographie - tenues d'apparat, regard vers l'objectif, pose rigide - va perdurer jusqu'au début du XXe siècle. Les photos de mariage ont ici un rôle social : il s'agit moins pour la photographie de véhiculer une émotion ou d'illustrer un moment que de retranscrire le rang social du couple ou de la famille qui pose. Il faut donc renvoyer une image de respectabilité (pose neutre, regard caméra) voire de richesse (retranscrite par la tenue et le décor). Comme elles se veulent aussi très neutres (pas d'expression de visage, d'émotion particulière), elles se ressemblent toutes.


L'essor de la photo « reportage »


"Le petit parisien", Willy Ronis, 1952

Quel rapport avec la photographie de mariage, Manon ? Eh bien, la période de l'après-guerre, à partir de 1945, représente un tournant pour la photographie. Et ces évolutions vont ensuite se ressentir dans le monde de la photographie de mariage. J'ai donc besoin de te faire une petite remise en contexte.


L'après-guerre, donc, apporte de grands changements à la photographie. D'abord, grâce à la technique qui ne cesse de s'améliorer : les particuliers peuvent enfin avoir accès à la photo et peuvent donc documenter leur quotidien, indépendamment des grands évènements familiaux pour lesquels on fait appel à un photographe. L'autre changement majeur amené par cette évolution technique, c'est que le photographe peut désormais sortir plus facilement de son studio et photographier ses sujets ailleurs que dans une pièce dédiée où la mise en scène est artificielle.


Par ailleurs, l'époque est marquée par de grands bouleversements économiques qui voient naître le mouvement qu'on appellera plus tard la « photographie humaniste ».


L'après-guerre est un contexte particulièrement difficile pour les Français : les caisses de l'Etat sont vides et la France bénéficie comme d'autres pays européens du plan Marshall pour reconstruire les villes bombardées et détruites par les conflits. Les « photographes humanistes » souhaitent dépeindre le quotidien des français en descendant dans les rues les photographier dans leur environnement quotidien. Surtout que ce quotidien est particulier, partagé entre la liesse de la libération et les difficultés financières d'un pays que la guerre a rendu exangue. De nombreuses institutions et organismes en charge de la reconstruction passent commandes à ces photographes, car ils voient bien l'intérêt de mettre en avant l'optimisme des français dans ce contexte morose. Du coup : essor de la photo reportage et des photographes de ce mouvement !

Pour Jacques Prévert, ces photographes sont des « correspondants de paix ».

On retrouve dans cette mouvance Robert Doisneau ou Henri Cartier-Bresson. La photo n'est plus seulement illustrative : elle devient documentaire. Il s'agit de raconter le quotidien, de fait le décor dans lequel s'inscrit le sujet prend toute son importance. La photo raconte une action qui s'effectue dans un contexte particulier : une rue, une maison, un jardin. C'est la naissance du reportage photo. Le reportage de presse a aussi pris son essor à cette période, car la presse née de l'enthousiasme de la Libération est abondante.

Photo de Henri Cartier-Bresson, Pékin, décembre 1948 © Fondation Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

L'influence de la guerre et de la photo reportage sur la photographie de mariage


Comme souvent, l'institution du mariage est un reflet des évolutions sociétales dans lesquelles elle s'inscrit, c'est pourquoi ce contexte particulier de la guerre puis de l'après-guerre va façonner le mariage et, par extension, la photographie de mariage.


Les changements pendant la guerre


D'abord, l'institution elle-même évolue. Jusqu'à la seconde guerre mondiale, le mariage est une affaire de famille, voire même de village - on a tous à l'esprit ces photographies de sorties d'églises qui réunissent la communauté au grand complet.

Mariés inconnus dans les Vosges

La guerre contribue à faire évoluer l'institution du mariage car elle jette à bas ce carcan étouffant, pour la simple et bonne raison qu'il est inapplicable pendant cette période. Le contexte rend tout plus difficile : une partie significative de la population masculine est absente, le pays est coupé en deux par l'Occupation... Il est plus difficile d'organiser ses noces voire simplement d'obtenir les papiers officiels qui l'accrédite ; dans un monde d'inquiétude et de rationnement, il s'agit d'être efficace et pas trop dépensier. Dans ce contexte, ce sont les mariés qui sont à l'initiative de la noce, et elle s'organise un peu « à la débrouille ». Exit les grands rassemblements immortalisés par un photographe officiel. Il n'est pas question ici de respecter des traditions séculaires, mais plutôt de réussir à se marier malgré les conditions restrictives de la guerre. Et dans un contexte où les soldats en permission ne reviennent souvent pas, les mariages se font quand on peut, où on peut !


Les changements après la guerre


Ce nouveau souffle initié pendant le conflit va continuer de façonner l'institution du mariage par la suite : les mariés ont repris la main sur leur mariage, qui se modernise progressivement.

Photographie de Bert Stern, 1954

De fait, on note aussi une évolution des photographies de mariage, avec l'arrivée des photographies « romantiques » : au-delà de l'officialisation de sa relation grâce au mariage, on se marie parce qu'on s'aime et qu'on est heureux, et on veut que cela se voit. L'amour, émotion jusque-là absente des photos de mariage (de même que la joie, maintenant qu'on en parle) devient un élément à part entière. On sort progressivement du carcan un peu figé du début de siècle, pour voir apparaître sur les photos des émotions qui jusqu'ici en étaient absentes : des mariés qui se regardent avec un air amoureux, se sourient ou se prennent par la main. On a enfin des photos de couples heureux d'être là plutôt qu'une armée de gens maussades, et c'est plutôt rafraîchissant.


Exemple ci-dessus avec une photo prise lors du mariage d'Audrey Hepburn et de Mel Ferrer en 1954. On voit apparaître ici trois nouveaux éléments par rapport aux même types de photos vingt ans plus tôt :

1) Ils sont en train de marcher, et ne sont donc pas en train de poser.

2) Ils ont une attitude détendue et leurs émotions sont visibles : elle lui prend le bras, on peut imaginer qu'il lui raconte quelque chose d'amusant qui la fait sourire.

3) Ils sont en extérieur, et non dans un studio et dans un décor soigneusement mis en scène.


Alors, je t'accorde qu'on n'est pas sur un dynamisme effréné non plus, mais tu m'accorderas que comparé aux générations précédentes, c'est une petite révolution tout de même. Cette photo est d'ailleurs bien plus proche de celles que l'on trouve aujourd'hui dans nos reportages de mariage que des photos de groupe d'avant-guerre.


Il faut dire aussi que la photographie change de "but". Ici, elle fige un moment heureux. Il ne s'agit pas de dire « Nous sommes un couple de gens respectables et cette photo trônera sur la commode du salon toute notre vie pour que personne ne l'oublie. »


Cette tendance nouvelle où les photos neutres et posées laissent place à plus de légèreté ne va faire que s'accélérer depuis l'après-guerre. L'apparition dans les années 60 et 70 des appareils à développement instantané permet à chacun de prendre en photo son quotidien et sa famille, indépendamment des grands événements familiaux où interviennent des photographes professionnels, ce qui accentue encore un goût pour la photographie « narrative ». Il est d'ailleurs amusant de constater que l'intérêt des mariés pour le développement instantané revient depuis quelques années puisqu'on retrouve lors des mariages des polaroids ou des photobooths (je déteste ce mot, « photobooth », c'est imprononçable : profites-en, je crois que c'est la seule fois sur ce blog où il apparaîtra).


La démocratisation toujours plus importante de la photographie, puis l'apparition du numérique, va favoriser l'émergence des reportages de mariage : on ne se contente désormais plus de quelques photos figées à la sortie de la cérémonie pour couvrir plus largement les grands moments de la journée. Un peu comme la photographie humaniste en son temps, l'importance du décor se fait sentir : on retrouve souvent des photographies « d'ambiance » dans les reportages pour retranscrire l'émotion d'un lieu particulier ou d'un moment de la journée.

Photo prise lors du mariage d'Adélie et Aymeric


Et on en arrive à nos reportages de mariage actuels : une somme de petits instants et de détails de la journée pour raconter l'histoire d'un mariage, avec ses joies, ses activités parfaitement organisées et ses quelques imprévus (qui font ma joie, j'avoue).

Paloma, petite pépite de mariage, qui a passé la journée à photobomber mes photos pour faire le L de Lose. Y compris dans l'église, parce que pourquoi pas.


C'est tout pour cette semaine ! C'était super !

Pour en savoir plus sur mes mariages, c'est ici !


Je te dis à la semaine prochaine, pour de nouvelles histoires passionnantes !


Manon











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