• Manon Douard

La photographie de mariage Fine Art, c'est quoi ?

Mis à jour : juin 8

Bonjour toi,


Aujourd’hui, je m’attaque à un gros sujet : essayer d'expliquer ce qu'est la photographie de mariage Fine Art. J'ai déjà fait un article décrivant les différents styles de photographie de mariage qui est aujourd'hui l'un des plus lus sur ce blog. Du coup, aujourd'hui, j'ai décidé de décrire le Fine Art un peu plus en détails.


Nota : accessoirement, il s'avère que l'article en question sort assez haut sur Google quand on tape "photographe de mariage moody", or comme tu le sais, je ne fais pas de moody du tout. L'article d'aujourd'hui est aussi une occasion de corriger ce référencement quelque peu mensonger !



Pour beaucoup - et pour moi jusqu'à ce que je me mette en tête d'écrire cet article - la photo Fine Art, notamment en mariage, ça reste une notion assez vague. On sait vaguement reconnaître les photos qui tendent vers ce style (très lumineux, des teintes tirant vers le blanc ou les tons pastel), mais pas forcément expliquer pourquoi ça "fait Fine Art", et encore moins l'origine de cette mouvance.


Du coup, j’ai fait des recherches, et je vais (tenter de) t’expliquer tout ça. Je pense que si tu comprends mieux les caractéristiques de ce mouvement, son origine et ses caractéristiques, ça peut t'aider à déterminer si c'est vraiment ce dont tu as envie pour ton mariage.


La photographie Fine Art : ça vient d'où ?


Ce style de photographie serait né dans les années 1940. A l’époque, la photographie n’est pas considérée comme un art, et ça ne viendrait à l'idée de personne - ou presque - d’exposer dans une galerie des photos comme on exposerait des peintures. Tu prends des photos majoritairement parce qu'on te les commande - pour des mariages, pour vendre des conserves - donc on va pas t'exposer à côté de Picasso, calme-toi.


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La photographie, à l’époque, c’est de l’artisanat, pas grand-chose de plus. Le mouvement Fine Art va justement naître de l'impulsion des photographes de sortir de ce carcan de l’artisanat, de faire de la photographie un art à part entière. Il s’agit d’exprimer une idée, une émotion, de créer une œuvre, et plus seulement de représenter le réel – au contraire du photojournalisme, par exemple. L'idée n'est pas de faire mieux que ce qui se fait déjà, mais de le faire différemment, avec une approche fondamentalement artistique.

On peut faire remonter l’origine de la photographie Fine Art à John Jabez Edwin Mayall, un photographe anglais qui s’est illustré pour avoir un nom assez chiant et compliqué pour être le premier photographe à se considérer comme un artiste plutôt que comme un artisan, quelqu'un qui veut créer des œuvres à part entières. Par exemple, Mayall a nommé une de ses photos « This Mortal must put on Immortality » ce que tu peux approximativement traduire par « Ce Mortel doit revêtir l’Immortalité ». Effectivement, on est sur un projet un poil plus ambitieux que juste faire le portrait d’un vieux monsieur.


Ici une photo de Karl Marx pris par Mayall (et on lui souhaite bonne chance si c'est lui qui doit revêtir l'Immortalité).


En photo de mariage, quand tu lis des articles sur le Fine Art, c'est presque exclusivement son esthétique spécifique qui est mise en avant : la lumière, les tons blancs ou pastel... Mais à la naissance du mouvement, ce qui distingue le Fine Art, ce n’est pas une esthétique en particulier, c’est plutôt l’intention du photographe de transmettre une émotion plutôt que juste illustrer quelque chose. Je photographie un vieil homme pensif semblant réfléchir au sens de la vie avec mélancolie, et pas juste un monsieur assis. Ça explique d’ailleurs le nom de ce courant de photographie, puisque « Fine Art », peut être traduit en français par « Beaux-Arts ».


En résumé, donc, la photo Fine Art, c’est quand la photographie devient un art à part entière. Picasso a même dit « J’ai découvert la photographie. Maintenant je peux me tuer. Je n’ai plus rien à apprendre. » Bon, c’est un peu too much comme point de vue (lui aussi, faut qu'il se calme), mais tu comprends l’idée.


Mais du coup, si le Fine Art c'est une vision, et pas une esthétique, comment on en est arrivé à lavoir aujourd'hui des photos aussi standardisées quand on parle du Fine Art en mariage ? Comment on passe de « je me définis comme un artiste et je crée des œuvres, pas simplement des photos » à « je-suis-photographe-fine-art-donc-je-fais-des photographies-lumineuses-épurées-et-élégantes-à-dominantes-blanches-ou-pastel » ?


La photo de mariage Fine Art : de l’inspiration à la standardisation


Le domaine de la photographie de mariage, sur le principe, c'est un terreau fertile pour la mouvance Fine Art. Ce que les mariés recherchent, quand on y pense, c'est exactement ce que le Fine Art propose : transmettre une émotion plutôt que simplement représenter quelque chose.


Quand tu engages un photographe pour immortaliser ton mariage, c'est parce que tu veux que tes photos te fassent ressentir ce que tu as ressenti ce jour-là, à ce moment-là, avec ces gens-là, pas tellement pour garder à jamais une trace du chapeau fluo de Tatie Josiane (même s'il est vraiment quali et que lui aussi, il peut revêtir l'Immortalité).


La démarche du Fine Art trouve donc avec le mariage un terrain de jeu idéal. Ensuite, on le sait, dans un secteur qui connaît des effets de mode, de tendances, le Fine Art s'est imposé progressivement, et dès lors qu'une démarche se fait plus courante, elle se standardise. Petit à petit, on a vu émerger des caractéristiques communes à plusieurs photographes se revendiquant du Fine Art, et par extension c'est le style lui-même qui s'est vu attribuer ces caractéristiques.


Petit tour d'horizon des principales :


La lumière


C'est presque le critère par excellence du Fine Art : les photos sont (très) lumineuses. La lumière est au centre de la composition, ce qui renvoie à l'origine même du Fine Art, qui se définit par le travail de la lumière, de la mise en scène d'une photo, tout simplement. Si prendre une photo s’apparente à créer une œuvre, il faut la composer comme on composerait un tableau, donc entrer dans une dynamique de création de la mise en scène et de l'éclairage, plutôt que d’espérer « découvrir » des scènes sur le vif comme en photojournalisme.


Ce qui m'amène à la deuxième caractéristique :


La Mise en Scène


Ce point découle naturellement du précédent : en Fine Art, au contraire du style photoreportage pur, on trouve souvent des photos dont les sujets sont mis en scène, notamment au moment des préparatifs ou de la séance couple, par exemple. Dès lors qu'on est dans une approche de composition, de création d'une ambiance à partir de l'environnement, il paraît logique de diriger ses sujets et de modifier le décor pour le faire correspondre à l'ambiance que l'on veut retranscrire.


Exemple avec la photo en pied de la mariée que tu as vue un peu plus haut : en théorie, elle aurait pu être prise "à la volée". La mariée était obligée de monter cet escalier pour accéder à la salle des mariages, j'aurais donc simplement pu attendre qu'elle passe au point où je souhaitais prendre la photo. Sauf que j'avais envie de cette pose-là spécifiquement, donc je lui ai demandé de se placer ainsi.


Dans les reportages de mariages Fine Art, il n'est pas rare de voir des photos où la composition indique clairement que le photographe a fait poser ses sujets. Bien sûr, ça n'est pas une règle absolue, et de toute manière, il est impossible de faire un reportage photo de mariage sans clichés spontanés.



Disons qu'en Fine Art, les reportages comprennent des photos posées, là où certains styles mettent en avant la seule spontanéité comme règle de composition.


Les couleurs : blanc/monochrome ou dans les teintes pastel


On en revient toujours à cet objectif de créer une atmosphère, sans détourner l'attention du spectateur par un surplus de détails ou de couleurs. On va donc favoriser des photos assez douces, avec une dynamique d'image faible (blancs et noirs tirant sur le gris clair ou foncé plutôt que des contrastes violents). Sur la photo ci-dessous, par exemple, tu constates qu'il y a très peu de blancs "totalement blancs" et que même les ombres, notamment derrière la colonne flanquant la porte, sont gris clair.



Côté couleurs, on va forcément trouver moins de couleurs vives, du fait qu'on recherche un maximum de lumière.

Tu le constates si tu regardes une roue chromatique : plus une couleur est lumineuse, plus elle va "vers le blanc" (plus elle est désaturée). Si ton surexpose une photo pour en accentuer l’aspect lumineux (ce que, personnellement, je fais beaucoup), les couleurs très vives - donc plus foncées, de base - auront tendance à s'affadir ou à devenir fluo. Il faut donc retravailler spécifiquement ces couleurs qui supporteront moins le traitement classique Fine Art qu'un rose poudré ou un bleu clair, par exemple.


Cette altération des couleurs avec le Fine Art est la raison pour laquelle je mets en garde les mariés dans mon article sur les différents styles de retouches, justement pour expliquer que s’ils souhaitent mettre l’accent sur la couleur à leur mariage, le Fine Art n’est pas forcément le style à privilégier (en tout cas, le rendu des photos ne serait pas le même qu'avec des dominantes blanches/pastel et monochromes).


Rien ne t'empêche, bien sûr, de choisir un photographe dont les photos tendent vers ce style, il saura de lui-même s'adapter au thème de ta journée (exemple avec deux de mes mariages : le mariage de Lucie et Maxime, très coloré, dans une ambiance très différence de celui de Thomas et Sara, par exemple).


Les photos "ordonnées", voire symétriques


Souvent, dans les reportages Fine Art, j'ai l'impression de voir beaucoup de photos avec un travail sur la composition "ordonnée" et sur la symétrie. Ça peut être des photos de lieux, de gens, ou les fameux flatlays qui sont des odes au rangement et à l'ordonnance.



Je pense que cette tendance à "l'ordonnance", voire à la symétrie dans la composition vient de la volonté de certains photographes de la mouvance Fine Art de composer des photos très graphiques avec un double objectif :

- L'avantage de faire des photos très graphiques, au point que le spectateur met du temps à reconnaître le sujet de la photo, c'est que ça permet d'aller encore plus loin dans cette volonté de créer une œuvre subjective et de faire primer ce que la photo dégage sur ce qu'elle montre.

- En photo de mariage, cette notion de symétrie, de travail sur les lignes, est récurrent en Fine Art, sans doute aussi selon moi parce que ce qui est bien rangé est harmonieux, ça flatte l'œil, et obtenir un rendu doux et apaisant est l'un des objectifs du Fine Art en mariage.



Pourquoi la photographie de mariage Fine Art c’est « intemporel, épuré, élégant ».


On pourrait faire un bingo des termes qu’on trouve dès qu’il s’agit de décrire la photographie de mariage Fine Art, mais dans les (nombreux) articles et descriptifs que j’ai lus, il y en a trois récurrents : intemporel, épuré, élégant.


Mais du coup, pourquoi ?


Épuré


Comme je te l'expliquais plus haut, les compositions Fine Art ont tendance à supprimer les éléments superflus - une veste abandonnée, une chaise pas alignée avec les autres, des personnes qui entrent dans le cadre - au profit de la création d'une atmosphère harmonieuse et donc rangée. C'est par conséquent logique de retrouver des compositions épurées dans ce style de photographie de mariage.


Intemporel


Ce deuxième point concerne à la fois la prise de vue et le travail de post-production. Forcément, si tu cultives un rendu ordonné, harmonieux et très lumineux avec des dominantes de couleurs sobres - blanc ou pastel notamment, tu vas créer une atmosphère assez neutre, c'est-à-dire classique, donc intemporelle, moins sensible aux effets de mode.


Élégant


On retrouve dans le Fine Art des photos plus posées, par opposition au photojournalisme « sur le vif » : une mariée assise gracieusement, une robe photographiée suspendue à une fenêtre d’où jaillit une lumière diaphane, un couple marchant dans une allée blanche derrière laquelle trône un somptueux domaine à la façade immaculée, etc. Ces photos mises en scène renvoient aux toutes premières photos de mariage, qui étaient à l'époque uniquement des photos posées, ce qui crée une atmosphère particulière que l’on associe généralement à la sobriété, la classicité, donc à l’élégance.


Au final, le fait de travailler la composition, la lumière, la sobriété pour un rendu harmonieux amène naturellement le Fine Art à passer pour un ambassadeur de l'élégance.


Et voilà, on a fait le tour de ce que j'avais envie de te dire sur la photographie Fine Art.


Si tu es arrivé jusqu'au bout de ce (long) cours : bravo à toi (et merci). Pour rappel, et comme je l'ai déjà beaucoup expliqué sur ce blog, notamment dans cet article et aussi dans celui-là, choisir un photographe de mariage, c'est bien sûr choisir un style qui te plaît (revêtir l'Immortalité avec un style que t'aimes pas, c'est moyen bof) mais c'est surtout t'appuyer sur quelqu'un qui te rassure, te met en confiance, et t'accompagneras au mieux. Le style, l'intention photographique, l'ambiance, tout cela est évidemment important, mais ça ne doit pas te faire perdre de vue la question de ton lien de confiance avec ton photographe de mariage.


Tu peux retrouver plusieurs de mes reportages de mariage ici, et mes séances photos . Pour savoir où je me déplace pour mes prestations c'est ici, et pour en savoir davantage sur moi, c'est par là. L'ensemble des photos utilisées pour illustrer cet article sont les miennes - sauf celle de Karl Marx car je suis malheureusement née 150 ans trop tard pour avoir connu John Mayall. Je n'ai pas connu Marx non plus, d'ailleurs.


A très vite !


Manon







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