• Manon Douard

Photographe de mariage : mon premier mariage indien

Bonjour toi,


La question de ma régularité sur ce blog est désormais de l'ordre du comique de répétition. Pendant plusieurs semaines, je n'ai plus rien publié ici. La saison battait son plein, et si j'avais réussi dans un premier temps à maintenir mon rythme d'écriture et de publication d'articles, il faut bien admettre que j'ai finalement été engloutie par les mariages successifs !


Cette année, j'ai vécu beaucoup de grandes premières. L'une des plus amusantes, c'est que j'ai couvert pour la première fois un mariage indien - je veux dire un mariage incluant des éléments traditionnels, les mariés étant tous les deux d'origine indienne.


Olivia et Cyril m'ont contacté cet été dans le cadre de leur recherches de prestataires pour leur mariage, qui avait lieu en région parisienne. Nous convenons rapidement d'un échange durant lequel ils m'expliquent qu'ils recherchent un photographe capable de s'adapter au contexte particulier de leur mariage puisque, venant tous deux de familles indiennes, ils ont prévu un mariage traditionnel. Idéalement, donc, ils souhaitent passer par un photographe ayant déjà travaillé sur ce type de mariage.


Ce qui n'est pas mon cas. Du tout.


Qui dit culture indienne dit rituels totalement inconnus de moi !


Il est vrai que sur un mariage, il y a des moments plus importants que d'autres. En tant que photographe, on attend de toi que tu repères ces moments et que tu les immortalises. Sur la plupart de mes mariages, ce sont par exemple les vœux ou l'échange des alliances. En l'occurrence, il est vrai que sur un mariage indien, ces moments peuvent être différents, et a priori je ne les connais pas encore.


Même si je sais que je vais me mettre pas mal la pression, j'ai très envie de couvrir leur mariage - je suis une personne simple, tu me dis tenues traditionnelles et rituels que je n'ai jamais vus, je suis conquise instantanément. Mais je n'ai effectivement jamais fait de mariage indien, et je le leur dis tout de suite. Si je travaille avec eux, j'aurai déjà une pression considérable du fait de découvrir leur culture, hors de question de me rajouter une couche de stress et d'anxiété en n'étant pas totalement transparente sur mon inexpérience de ce type de mariage en particulier. En revanche, j'ai déjà eu la chance de couvrir un mariage multiculturel avant le leur. Je leur explique donc que bien que sans expérience des mariages indiens en tant que tels, je sais m'adapter aux prestations différentes de ce que j'ai l'habitude de faire, et que de toute façon Olivia va porter un sari et par pitié prenez-moi parce que l'enfant que j'ai été un jour et qui a lu, relu et re-relu les Contes des Milles et Une Nuit ne me le pardonnera juste jamais si je ne couvre pas votre mariage.


Nota : j'adorais vraiment les contes des Milles et une Nuit. Genre, vraiment. A l'époque l'histoire ne m'interpellait pas du tout, alors que ça raconte l'histoire d'un roi qui tue ses épouses parce qu'il a visiblement un petit souci de gestion de la colère et qu'au lieu de lui dire "Sire et si on travaillait sur votre incapacité émotionnelle à vous réinvestir durablement dans une relation, ses conseillers sont plutôt en mode "Oh bah Sire tuez les franchement osef". Je te renvoie vers ce post si tu veux la suite de ce passionnant synopsis.


Donc, on en revient à Cyril et Olivia, qui me font le privilège de me faire confiance pour les accompagner sur leur mariage, malgré mon inexpérience des coutumes indiennes et des mariages indiens en général. De mon côté, je lis beaucoup d'articles sur les traditions de mariage indiennes, et je regarde le travail de plusieurs photographes spécialisés dans ce type de prestation - les mariés m'ont prévenu que l'approche de la photo de mariage est différente dans la tradition indienne (je partage avec toi la description d'Olivia qui m'a beaucoup fait rire : "Pour faire simple, les mariages indiens niveau photo c'est Bollywood")


Les mariés ont finalement fait le choix d'avoir des vidéastes indiens spécialisés dans ce type de mariage mais une photographe qui elle n'en a pas l'habitude, afin de cumuler les deux approches traditionnelles et plus occidentale.


Le jour J, je commence par les préparatifs de Cyril en compagnie de ses parents.










Ce mariage nécessite pour moi une certaine logistique : je suis venue en train et j'ai loué une voiture pour la journée, car je dois changer de lieu régulièrement et je ne peux pas me permettre de dépendre des transports en commun. Je rencontre les vidéastes chez le marié, et nous faisons quelques séquences de son habillage avec ses parents avant de filer retrouver la mariée pour ses (premiers) préparatifs.


Olivia se change trois fois au cours de la journée. Le matin, elle revêt une robe blanche, plus classique pour moi qui n'ait que rarement l'occasion de voir des mariées autrement qu'en blanc.







Une session de photos de couple est prévue au Parc de Sceaux. Avec Olivia, on se dit qu'il serait amusant que cette séance soit une "vraie" session découverte de la mariée. Problème : nous sommes censées prendre ma voiture et passer chercher Cyril pour aller au parc. Difficile dans ces conditions de maintenir le mystère sur la tenue de la mariée !


Mais avec un peu d'organisation, on peut tout faire, et cette idée de "vraie" découverte nous amuse beaucoup.

Du coup, on s'organise.


Je demande au futur marié de fermer les yeux quand je le récupère devant chez lui, et je l'installe sur le siège passager pendant qu'Olivia reste à l'arrière. Une fois garés devant le parc, Cyril marche devant nous pour ne pas voir sa future épouse, ce qui nous permet de maintenir le suspense jusqu'au moment de la découverte effective, dans le parc (et ça fait de bons souvenirs !). S'en suit une jolie séance couple dans les magnifiques jardins du parc de Sceaux.









Je constate à cette occasion que les vidéastes et moi avons effectivement une approche radicalement différente. Là où j'ai tendance à suggérer aux mariés de bouger/marcher pour se détendre et être plus naturels, les vidéastes leur font prendre une succession de poses très spécifiques. Pour moi, c'est une expérience très intéressante, même si un peu stressante car nous devons nous "passer le relais" pour diriger les mariés malgré nos approches totalement opposées !



Ensuite, nous allons retrouver les premiers invités pour un mariage civil en petit comité.


Après cette cérémonie civile arrive le moment des seconds préparatifs de la mariée. Olivia va revêtir une tenue traditionnelle indienne pour le mariage religieux, et c'est le meilleur moment de ma journée. Je crois que la tenue d'Olivia correspond à peu près à l'image d'Épinal de princesse que j'avais à 10 ans (quand je te dis que j'ai beaucoup lu les 1001 nuits, ce n'est pas une expression, j'ai visiblement beaucoup trop lu les 1001 nuits). Je suis également (très) impressionnée par la dextérité de la maquilleuse/coiffeuse/habilleuse - rien que ça - qui aide la mariée à revêtir son sari traditionnel. Je n'aurais jamais imaginé que porter correctement un sari était aussi complexe.

Tu le sais, j'en ai beaucoup parlé sur ce blog d'ailleurs : j'aime beaucoup les préparatifs. C'est l'occasion de prendre un moment un peu plus calme que le reste de la journée pour faire de jolis portraits, des photos de détails... Sur le mariage de Cyril et Olivia, j'ai une triple dose de préparatifs, je suis donc joie, joie, joie.






La seconde découverte a lieu lors de la cérémonie religieuse au cours de laquelle Olivia remonte l'allée au bras de son papa. L'église n'est pas le moment le plus simple pour moi car nous sommes trois prestataires à assurer la prise de vue, ce qui suppose une coordination importante, avec le risque permanent de gêner les autres ou d'atterrir dans leur champ. La frustration que je ressens par moments quand j'ai du mal à me déplacer amuse beaucoup Cyril ("Manon, tu galérais à bouger non ? Bah c'était marqué sur ta tête.") Décidément, quel grand sens de la retenue que le mien.






Après la cérémonie religieuse, nous partons tous sur le domaine où a lieu le vin d'honneur. Le cocktail est interrompu par le jeu du ruban le plus grand que j'ai jamais fait en mariage, puisqu'il y a une vingtaine de participantes, ce qui assure un très joli rendu.







Comme j'aperçois le soleil descendre derrière les arbres lors du jeu, je propose aux mariés de prendre une dizaine de minutes sur le planning pour faire quelques photos de couples. Initialement, nous avions prévu une séance couple à laquelle nous avions renoncé à cause du planning. Finalement, on se dit tous les trois que ça serait dommage de ne pas avoir quelques photos d'eux en tenues traditionnelles. La chance nous sourit puisque le domaine se trouve en bordure d'un champ au bout duquel le soleil descend sur l'horizon, ce qui nous permet de profiter de la lumière crépusculaire pour une séance en amoureux. Cinq minutes chrono, dix-huit pas à faire depuis le domaine pour nous placer dans le champ, une dizaine de poses, et en quelques minutes nous faisons des photos qui compteront parmi mes préférées du mariage.







Après cette mini-séance, nous retrouvons les invités pour un lancer de ballons avant de rentrer dans la salle.




Troisième changement de tenue pour Olivia, qui revêt une autre tenue traditionnelle pour terminer la journée.


S'ensuivent le repas et la soirée. Le DJ me demande si je suis "habituée" aux mariages indiens, et quand un peu surprise je lui réponds que non, il m'informe avec un air amusé que "la soirée va me fatiguer".


Je ne le prends pas au sérieux.


J'aurais dû.


La noce va danser non-stop pendant des heures, ce qui est génial et merveilleux sur le plan des photos mais aussi étonnamment très fatiguant, car se maintenir au niveau de dynamisme de tout le monde me demande plus d'énergie que je ne l'aurais pensé !







La journée se termine par une série de photos de groupe, qui marque ma dernière grande découverte culturelle sur ce mariage : un espace photo est aménagé pour les mariés, et tous les invités viennent faire une photo avec eux avant de partir. Je ne réalise pas vraiment avant d'avoir fini à quel point ça va être long de prendre une photo de chaque groupe d'invités présents à la noce en compagnie des mariés.


La prestation se termine pour moi vers 2 ou 3 heures du matin, mais ce n'est pas encore la fin de ma journée ! Je reprends ma voiture jusqu'à Paris, d'où je repars pour la Lorraine car j'ai un mariage le lendemain (le jour même, du coup. 12h plus tard, pour être tout à fait exacte, dodo en passant et hop en selle !).

Nota : je le précise car ça me semble important, je n'enchaîne jamais de mariages sur deux jours sans que tous les mariés concernés soient au courant et d'accords, et sans que la logistique soit calée en amont et minimise au maximum le risque de galères de transport.


C'est tout pour aujourd'hui (et c'est déjà pas mal). Pour plus de photos de ce mariage, c'est par ici. Pour voir mes autres galeries de mariages, c'est par là. Ce mariage loin de mes terres est l'occasion de te rappeler que je me balade beaucoup pour mes mariages, donc n'hésite pas à m'appeler où que tu aies décidé de poser tes valises à l'occasion de ton joli jour !


A bientôt,


Manon



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